L’histoire des communautés francophones

Ontario

Depuis que le premier Français a foulé le sol de l’Ontario en 1610, il y aura bientôt 400 ans, l’histoire de ce territoire est intimement liée à celle des hommes et des femmes qui l’ont bâti en français, surtout à partir du XIXe siècle.

Les francophones occupent progressivement le territoire au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les francophones forment plusieurs noyaux de peuplement le long de la rivière des Outaouais, puis vers l’intérieur. Ils se trouveront pendant cette période surtout à l’est (1810-1840) et au nord-est (1880) de l’Ontario, attirés par les terres le long des cours d’eau (Est et Ottawa) ou bien l’industrie forestière (Est), la prospection minière (Nord) ou bien le développement des réseaux ferroviaires (Nord, Ouest et Sud). Le peuplement des régions plus septentrionales comprises entre Cochrane et Hearst se fera à partir des années 1910, alors que le Témiscamingue se développera au tournant du XXe siècle.

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle, c’est aussi celui de l’établissement d’institutions, surtout religieuses, sur lesquelles s’appuiera une élite franco-ontarienne qui, certes, voyait grand et loin, mais qui devait aussi défendre et protéger les acquis. Ils étaient francophones et catholiques, dans un monde anglophone et protestant. La création de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (ACFÉO), en 1910, ancêtre de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), marque cette volonté d’affirmation, tout comme la création du journal Le Droit en 1913.

Le Règlement 17 (1912-1927) adopté par le gouvernement de l’époque, qui réduisait considérablement l’enseignement en français dans les écoles de façon à favoriser l’apprentissage de l’anglais, et le Règlement 18 qui menaçait de représailles les conseils scolaires et les enseignants qui s’opposaient à cette directive, constituent certes le plus puissant exemple de cette confrontation qui opposera pendant longtemps catholiques francophones et protestants anglophones en Ontario. Aujourd’hui, des conseils scolaires de langue française sont responsables de l’éducation des jeunes franco-ontariens, qui peuvent aussi compter sur un réseau collégial en français.

L’identité franco-ontarienne se reflète non seulement dans les actions, mais aussi dans les symboles. Le drapeau franco-ontarien fut dévoilé pour la première fois le 25 septembre 1975 à l’Université de Sudbury. Il a été officiellement reconnu par le gouvernement en 2001 comme emblème de la communauté francophone de l’Ontario.

L’identité franco-ontarienne se reflète aussi dans les lois avec l’adoption de la Loi sur les services en français (Loi 8), qui entre complètement en vigueur en novembre 1989 et qui garantit le droit pour les citoyens de recevoir des services en français sur demande de la part de leur gouvernement provincial dans 25 régions désignées. La loi sera ensuite modifiée en 2007 avec l’ajout d’un Commissariat aux services en français.

Cette collectivité franco-ontarienne, vivante, n’est pas monolithique. Elle s’appuie aujourd’hui davantage sur l’immigration pour assurer sa prospérité et sa pérennité. Ils s’appellent certes Levasseur, Matte, Cantin, Gauthier, Gervais, Lalonde, Roy, mais aussi Diallo, Abdi, Brihmi, Ghaleb, Matulu, Nguyen. Il y a autant d’histoires à raconter qu’il y a de personnes et de familles qui ont choisi cette terre d’abondance pour les uns, d’avenir pour
les autres, d’espoir pour les nouveaux arrivants.

*Extrait du profil de l’Ontario de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada

Saskatchewan

La présence de la langue française sur le territoire de la Saskatchewan remonte à la période où la France exerce une influence sur la quasi-totalité de l’Amérique du Nord. Entre 1752 et 1755, Louis de la Corne et ses cohortes explorent la région de la vallée Carrot, le centre-est de la Saskatchewan d’aujourd’hui. Ils construisent le Fort de la Corne à l’est de la fourche des rivières Saskatchewan Nord et Saskatchewan Sud. Selon les années, cet endroit, aussi appelé Fort Saint-Louis et Nippeween, marque l’extrémité occidentale d’une série de fortifications françaises présentes dans le Nord-Ouest. Les engagés en poste au Fort de la Corne au milieu du XVIIIe siècle expérimentent la culture du blé, une récolte qui fera la renommée de la province de la
Saskatchewan au XXe siècle.

L’arrivée des premiers représentants de l’Église catholique au Nord-Ouest en 1818 annonce le début d’une épopée nouvelle pour la langue française au pays. Leurs premières tournées et visites en direction des postes de traite de la vallée Qu’Appelle, au sud, et de la Rivière Churchill, au nord, donnèrent naissance à l’établissement de missions permanentes pour desservir la population métisse qui fréquente les lieux. En 1846, les missionnaires Alexandre Taché et Louis François Laflèche fondent la mission catholique d’Île-à-la-Crosse, un poste de traite et un lieu de rencontre fréquenté par les tribus autochtones et une grande population métisse francophone. Plus tard, devenu évêque de Saint-Boniface, Mgr Taché et ses successeurs cher¬cheront à bâtir une francophonie catholique à travers les plaines de l’Ouest de Saint-Boniface jusqu’au pied des Rocheuses.

À partir de 1870, de nouvelles communautés métisses s’établissent dans des régions qui, plus tard, seront à l’intérieur de la province de la Saskatchewan. Talle-de-Saules (Willow Bunch), Saint-Laurent-de-Grandin et Batoche voient le jour grâce à la migration de familles métisses cherchant à préserver un mode de vie semi-nomade. Le rêve de société qu’ils chérissaient sera perdu à la suite de l’échec de la résistance armée menée contre le gouvernement du Canada en 1885 à Batoche même.

Une migration vers les Prairies canadiennes s’amorce à la fin du XIXe siècle pour culminer vers les années 1920. Les francophones de diverses souches s’installent alors dans la nouvelle province de la Saskatchewan créée en 1905. Les Canadiens français, originaires de la vallée du Saint-Laurent, dont bon nombre ont d’abord séjourné aux États-Unis, s’y sont établis sous la direction de missionnaires colonisateurs. Ils fondent des petits villages où ils mettent en place des écoles, des paroisses et des commerces. D’un nombre presque équivalent, des francophones d’Europe (Français, Belges et Suisses) immigrent en Saskatchewan et se joignent aux Canadiens français sur place ou fondent leurs propres villages.

L’ouverture du territoire par le chemin de fer conduit également en Saskatchewan un afflux d’immigrants de toutes les origines que ne peut contrebalancer le faible apport de colons de langue française. Si le projet de loi créant la Saskatchewan et l’Alberta en 1905 retient les dispositions constitutionnelles concernant l’utilisation de la langue française dans l’instruction publique, dans l’administration publique et dans la justice, ces dispositions seront ignorées par les autorités. Au cours des premières décennies du XXe siècle les Fransaskoises et Fransaskois seront sévèrement limités dans leur droit d’utiliser le français comme langue d’enseignement. Ils se doteront d’associations pour lutter et survivre comme communauté. Le journal Le Patriote de l’Ouest est fondé en 1910, l’Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan est créée en 1912 et l’Association des commissaires d’écoles franco-canadiens se forme en 1918 au moment où les menaces à l’enseignement en français sont les plus fortes. Un collège classique francophone, le Collège Mathieu, voit le jour à Gravelbourg en 1918.

Ce ne sera qu’à partir des années 1960 que les modifications nécessaires seront apportées à la loi scolaire de la Saskatchewan  pour permettre l’enseignement en français. Au cours des années 1970, les Fransaskoises et les Fransaskois se dotent de centres culturels chapeautés par le Conseil culturel fransaskois, fondé en 1974. C’est au début des années 1970 que le terme «Fran¬saskois » est utilisé pour désigner les francophones vivant en Saskatchewan. Les Fransaskoises et les Fransaskois se donnent un nouveau journal, l’Eau Vive, ainsi qu’un rassemblement estival annuel, la Fête fransaskoise.

À partir de 1982 débutent les luttes juridiques visant à faire respecter les droits linguistiques et constitutionnels. Les parents fransaskois entreprennent une longue démarche pour obtenir la
gestion de leurs écoles. La gestion scolaire est devenue possible en Saskatchewan en juin 1993.

*Extrait du profil de la Saskatchewan de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada

Terre-Neuve et Labrador

La présence française à Terre-Neuve date du début du XVIe siècle et, dès 1660, une colonie française s’installe à Plaisance (aujour¬d’hui Placentia). En 1713, avec la signature du traité d’Utrecht, la colonie française de Terre-Neuve passe aux mains de l’Angleterre. La France conserve cependant des droits de pêche à l’ouest et au nord de l’île jusqu’en 1904. Si bien qu’au cours du XIXe siècle, malgré l’interdiction d’établissement français permanent, des Français venus pêcher la morue puis le homard, ainsi que des familles saint-pierraises s’installent définitivement sur la côte française, principalement dans la péninsule de Port-au-Port. Ces Françaises et Français ont été rejoints au milieu du XIXe siècle par des Acadiennes et Acadiens en quête de bonnes terres agricoles. Se dirigeant d’abord vers le fond des baies, ils s’installèrent dans la région de Codroy et à Stephenville. La communauté fut vite assez dynamique pour exiger la présence d’un curé. Ces francophones ne furent pas les seuls à s’installer dans la région. Poussés par la pression démographique, des Écossaises et Écossais du CapBreton ont aussi envahi la baie Saint-Georges pendant que les sources acadiennes se tarissaient vers les années 1860. Sans compter qu’une partie des effectifs acadiens, attirés par la pêche, la chasse au «loup marin» ou le cabotage, ont quitté Terre-Neuve pour la côte nord du golfe et les Îles-de-la-Madeleine. L’équilibre démographique de la région a donc été bouleversé très tôt et à plusieurs reprises, notamment avec l’arrivée de la voie ferrée à la fin du XIXe siècle puis, plus tard, de la route transterre-neuvienne, de diverses industries et, pendant la Deuxième Guerre mondiale, d’une base militaire américaine importante à Stephen¬ville. Toutes ces activités ont emmené dans leur sillage de nombreux étrangers de langue anglaise et l’assimilation a été massive. Le Labrador, quant à lui, s’est développé au cours des années 1960 avec la découverte de gisements miniers importants et la construction des grands barrages hydroélectriques.

Les Franco-Terre-Neuviennes-et-Labradoriennes et Franco-Terre-Neuviens-et-Labradoriens ont fondé leur première école à La Grand’Terre en 1984 et adopté un drapeau en 1986. En 1992, le gouvernement de la province reconnaissait officiellement la communauté francophone qui célèbre depuis, le 30 mai de chaque année, la Journée de la francophonie, reconnue officiellement par voie de décret le 28 mai 1999. C’est en 1996 que ce gouvernement a reconnu le droit des francophones à un conseil scolaire francophone provincial et, en 1997, une entente était signée à ce sujet entre le Canada et Terre-Neuve-et-Labrador.

*Extrait du profil de Terre-Neuve-et-Labrador de la Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada